• A.Del

LA DOUBLE PEINE


J'ai connu la détresse. Parce qu'un enfant, c'est la chair de sa chair. Perdre un enfant, c'est le grand malheur par excellence .

Car c'est une chose qui n'est pas naturelle.

[....]

De très bons copains m'évitaient, et m'évitent encore, parce qu'ils ne savent pas quoi dire.

[...]

- Roland Giraud -



Ce genre de confidence, ce constat n'est pas rare. Il s'observe le plus souvent lors de la perte d'un enfant.

Je l'appelle la double peine .

Que se passe-t-il donc après ces drames pour que des amitiés s'écroulent ainsi ?

Que se cache-t-il derrière " ils ne savent pas quoi dire " ?


Une émotion que l'on connait tous : la Peur .

Qu'elle soit en sourdine, tapie ou plus exprimée, dès que l'on est parent on découvre la peur de perdre nos enfants.

La mort d'un enfant on la refuse par protection, légitimement .

On la voit à la télévision, dans les journaux, sur internet...ça reste à distance même si ça trouble et émeut .

La mort de l'enfant d'un ami ... c'est là, tout près, l'impact résonne horriblement. On ne peut plus forcément se protéger, la" bombe peur" explose en nous .

C'est si proche, si palpable, si concret .

Eux les parents en deuil, ça pourrait être nous, on s'identifie car il y a des liens, des sentiments .

On imagine (en partie) leur détresse, leur souffrance, on se projette .

Cette peur (d'ailleurs pas toujours reconnue consciemment) trouble tout, paralyse .

On ne sait quoi dire, que faire face à l'ami(e) touché(e) par le drame.

La peur nous recroqueville et peut nous faire fuir ... un effet domino se crée.

On se voit faire, on laisse s'enchaîner les situations, on en culpabilise, on peut en avoir honte, donc on fuit encore plus ...


Alors oui, il faut un peu de courage pour éviter cette cascade.

Essayons de nous poser, prendre un peu de recul pour faire le tri dans nos émotions, regarder celles de nos amis en pleine tempête.

Nous, témoins, n'avons pas à renier ou étouffer notre peine, il s'agit simplement de faire un peu de place dans notre cœur pour ceux qui vraiment sont écrasés de douleur et n'ont pas besoin de blessures secondaires .


Alors que dire, que faire ?

Pas de règles, pas de recettes magiques.

Juste Oser avec le cœur.

Tendre la main, les bras, en silence si l'on a pas les mots, proposer sa présence, glisser une affirmation douce " je suis là ", " je sais que tu souffres énormément ", offrir des petites attentions ( un sachet de croissants devant la porte ? Un message sur le répondeur " je pense à toi " ...)


Donnez sans rien attendre, juste au nom de l'Amitié et de l'Amour .

Malgré la mort, préservez et honorez la Vie dans la force du lien, celui qui soutient, réchauffe, souffle l'espoir et nous fait partager notre humanité .






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